Dans notre marche forcée vers un monde de moins en moins gai, nos technocrates préférés ont encore frappé un grand coup… Au prétexte de mieux lutter contre la délinquance, le fichier Ardoise qui par ailleurs a certainement une utilité réelle démontre une fois de plus comment de bonnes intentions peuvent être dévoyées par un système qui veut qualifier statistiquement à tout prix les individus, avec comme volonté affichée de faciliter l’identification de responsables de crimes et délits, et qui dans la pratique s’emploie à englober l’ensemble de la population dans des bases de données à l’usage très indéterminé et un peu trop facilement expoitable par des individus ou des groupes aux objectifs douteux…
Rappelons que le déploiement du logiciel Ardoise jusque là prévu en Mai de cette année a été récemment “suspendu” par la Ministre de l’Intérieur. Ce que lui reprochent à juste titre les associations de défense des minorité parmi lesquelles Flag!, c’est l’incroyable collecte d’informations personnelles qu’il permettrait en l’état aux services de police de réaliser à propos des délinquants, mais aussi et on croit rêver, de leurs victimes: auraient pû ainsi être relevées et informatisées les “qualités” de “sdf”, “homosexuel”, “handicapé”, “permanent syndical”, etc etc remarquées sur - ou relatées par - les protagonistes d’un incident.
Selon certaines sources, ce système soi-disant “expérimental” aurait déjà été déployé dans des centaines de commissariats et des dizaines de milliers de serviteurs de l’Etat y aurait été formés.
N’ayant ni l’envie ni la compétence d’ailleurs de juger des aspects techniques d’un dispositif qui utilisées par tant de personnes me parait de toute façon simplement fragile par essence, cette affaire m’interpelle toutefois parce qu’elle serait tout à fait ridicule si elle ne m’apparaissait pas si symptomatique de dérives inquiétantes dans les pratiques de tant de nos politiques que de ceux qui sont les garants de notre démocratie par vocation ou bien par désignation.
Connaissant la rigueur de marchés nationaux de cette envergure et la volonté généralement constatée (quand ce n’est pas un pré-requis de l’obtention du marché) de l’implication des services utilisateurs finaux dans l’établissement du cahier des charges comme dans tout le processus de développement et de mise en oeuvre, comment se peut-il qu’à l’arrivée un tel système aussi criticable ait seulement pu vu le jour ? Comment tant de différents intervenants, dont par ailleurs on ne peut douter ni de la compétence individuelle, ni espérons-le, de l’esprit citoyen et démocratique, ont-ils pu valider sans réagir tant de manifestes violations des droits des personnes ?
Sans trop se tromper, on peut d’ores et déjà répartir les intervenants dans au moins 3 groupes, chacun ayant son rôle propre dans cet énorme gâchis financier et démocratique :
Les initiateurs et donneurs d’ordre : qui étaient-ils, gouvernants, politiques, hauts fonctionnaires, obscurs comités aux prérogatives incertaines ? Quelles ont été leurs demandes, leurs préconisations ? Comment ont-ils validés, étape après étape, ce projet, et dans son cahier des charges comme dans sa réalisation, les “détails” de la collecte, en particulier ceux qui nous préoccupent ici ?
Les concepteurs et réalisateurs : si leur mission est de produire et réaliser selon les axes donnés par le client, cela ne les empêche pas d’avoir un esprit critique, et des obligations de conseil, qui en l’occurrence aurait pû s’appuyer sur le simple bon sens. Ont-ils élevé des objections, souligné les points ici reprochés, argumenté au regard de la loi et de l’éthique ? Si oui, comment et pourquoi en est-on arrivé tout de même là ?
Les utilisateurs : comment leur a t’on présenté le projet, sa mise en oeuvre ? Certains ont-ils émis des objections, qui les a entendues, comment celles-ci ont-elles été répondues ? Ont ils subis des pressions et de quel ordre ?
Voilà des faits, des détails et des précisions qu’on aurait aimé lire dans ce que les média “habilités” ont relatés de l’affaire Ardoise, soit un peu plus que la surprise puis la légitime indignation que l’énumération des faits peut soulever…
Au-delà des coûts humains et financiers de ce désastre démocratique, un autre constat bien inquiétant peut être fait sur l’incapacité apparente de notre système démocratique à se réguler lui-même, et à la terrible propension des systèmes qu’il génère parfois (souvent ?) à oublier l’humain dans ses tristes tentatives de mieux en servir quelques-uns pour des motifs qui du coup deviennent plus que suspects; et comment pourrait il en être autrement au vu des abominations déshumanisées, anti-démocratiques et potentiellement si anxiogènes qu’il en vient à produire…
Nos politiques avouent de plus en plus ouvertement leur incapacité à influer vite et bien sur l’économie, au prétexte qu’elle est désormais mondiale et aux mains d’autres pouvoirs qui les utilisent plus qu’ils ne les servent. Veulent ils aussi nous persuader désormais que la société doit aussi aujourd’hui se méfier de leurs vision et pratiques de la démocratie ? Devrons-nous encore et toujours veiller nous-mêmes à ce que des garde-fous demeurent pour qu’elle garde une place centrale dans un monde qui va de plus en plus vite, au détriment souvent de l’individu pour qui justement, cette essentielle démocratie est la seule raison d’espérer des jours meilleurs ? Alors que nous les avons élus justement pour mener cette tâche à bien et en notre nom ?
C’est parfois usant, c’est souvent décourageant, mais oui, nous le devons, pour nous et plus encore pour les plus fragiles et vulnérables, nos familles, nos amis, nos voisins. Ne leur laissons pas ce genre d’Ardoise, car si ce n’est nous, eux le paieront, et très cher si nous n’y prenons garde !
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itSOGay
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